Je ne sais pas pourquoi, tous ces humains me prénomment “Gipsy”. En réalité, ils prénomment toutes celles de notre espèce “Gipsy”. Pourquoi ce nom ? Gipsy signifie gitan en français (oui oui, je suis une araignée française), nous voient-ils toutes comme des gitanes ? Nous n’avons pourtant aucun lien avec Kendji et ses cousins. Cela est exaspérant ! Je vais leur faire payer !

Je devais m’y attendre, aucune de mes sœurs n’a voulu m’accompagner. Il faut dire que nous sommes d’une nature solitaire, pas solidaire. Ce n’est pas grave, j’accomplirai ma quête seule !

Il fait nuit, je suis en pleine forme et je sens nettement moins de vibrations, ma future proie humaine doit être endormie, c’est le moment d’attaquer. Il me faut maintenant le trouver. Je sens sa présence mais qu’est ce qu’elle est lointaine, ah, le voilà, et dire qu’il m’a fallu une demi-heure pour le trouver parmi ce dédale de pièces, quelle idée d’avoir un si grand logis. Ainsi voici sa chambre, et voici son lit.

Quel drôle de chose pour dormir et quelle matière désagréable, pourtant je sens ma proie si sereine. J’approche mon but et, wow qu’il est géant cet humain ! Je comprends mieux le refus de mes soeurs de m’accompagner, elles avaient déjà eu affaire à eux. Moi-même je sens la peur m’envahir mais je ne peux plus faire demi-tour. Pour me rassurer je m’en vais le piquer, là c’est parfait, ce doit être une de ses peu nombreuses pattes. Et hop !

Au secours ! Je viens de réveiller cet humain ! Vite, mes 8 pattes à mon cou. Pfiouuu, il ne bouge plus, j’ai failli y rester, écrasée. Mmm, mais il dort toujours, ils réussissent à bouger en dormant ces humains, décidément, ils sont encore plus dangereux que je le pensais. La piqûre n’est pas assez puissante pour venger notre espèce, il faut frapper à un endroit plus sensible, je vais faire le tour de son corps. Oh, c’est par ici que les vibrations sont les plus fortes, et sa bouche est ouverte, il y a un passage, quelle chance. Le cerveau, son point faible, ne doit pas être loin. J’y vais.

Beurk, quelle horreur, ce souffle chaud est insupportable, j’ajouterai même terrorisant, sans parler de l’odeur, cet humain a-t’il mangé un grillon mort avant de s’endormir ? Non je ne peux pas y aller.

Mais que dirait les autres si je les croisait après un tel échec ? Je passerais pour une araignée faible, elles pourraient en profiter pour me manger (certaines araignées sont cannibales). Il faut que j’y retourne. Tant pis pour mes craintes, j’en tremble de peur, mais j’ai fait le serment de faire payer ces humains de toutes leur cruauté envers nous. Revoilà sa bouche, toujours ouverte. Je prends mon courage à 8 pattes, je retiens ma respiration et je rentre. A l’attaque ! … Crounch !

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La morale de cette histoire Ch’ti Bout écrite spécialement pour vous:

Contrairement aux croyances populaires, les chances d’avaler une araignée pendant son sommeil est de presque 0%, les araignées ne se promènent que rarement dans nos lits, sans parler qu’il faut qu’elles aient l’audace de nous monter dessus, qu’elles trouvent notre visage et notre bouche. Il faut que cette dernière soit ouverte (nous ne dormons pas tous la bouche ouverte) et que l’araignée ne soit pas repoussée par le souffle chaud que nous expirons. (faites l’expérience, amusez vous à souffler sur une araignée, vous verrez qu’elle fuira à tous les coups).

Trop de facteurs prouvant que sauf malheureux concours de circonstance, leur instinct animal les empêcheront invariablement de venir se faire avaler.